La tranchée des baïonnettes

Depuis le 21 février 1916 les troupes allemandes ont engagé une bataille qui doit aboutir à la prise de Verdun, lieu symbolique d'anciennes conquêtes et faits d'armes. L'armée allemande cessera sa progression vers la fin de l'été. L'objectif de l'armée française est de résister à tout prix, quitte à se faire tuer sur place. De nombreux régiments se succèdent dans les tranchées.
L'histoire de la tranchée des baïonnettes concerne le 137e régiment d'infanterie de Fontenay Le Comte. Vendéens pour la plupart, courageux de surcroît, ils ont déjà fait leurs preuves depuis le début de la guerre.
Le 137e doit relever le 337e RI à proximité de la ferme de Thiaumont. En place le 11 juin 1916, une section aux ordres du Lieutenant (Abbé)Polimann, défend sa position. Un violent bombardement s'abat sur le secteur toute la journée du 11 et une partie de la nuit, ce qui annonce un offensive pour le lendemain. De gros calibres vont bouleverser les tranchées, les hommes sont prêts, baïonnettes aux canons, grenades aux mains.
La "légende de la tranchée des baïonnettes" est née de plusieurs récits. Les survivants des bombardements et des attaques allemandes ont raconté ce qu'ils ont vécu ou vu. Chaque histoire est importante et mérite d'être cité.
Extrait du livre: Les enfants du pays Nantais et le 10e corps d'Armée, par Émile Gabory, 1923. Nantes archives départementales et Librairie Académique Perrin & Cie Page 463
" Après un bombardement formidable, alors que l'ennemi entourait les débris de sa compagnie, le Lieutenant Polimann a résisté jusqu'au bout, en criant à ses hommes : - A la 3e compagnie on ne se rend pas. On ne se rend pas; mais si la résistance morale est sans limite, la résistance physique est réduite: A bout de forces, mourant d'inanition, nos héros, étendus sur le sol de la tranchée, parmi les morts, ne peuvent plus s'opposer à l'irruption de l'ennemi et sont faits prisonniers.
Pieusement les Allemands recouvrent les cadavres de terre et, adversaires magnanimes, pour une fois, plantent, en guise de croix, à côté de chaque soldat un fusil debout. Ce sont les baïonnettes de ces fusils qui, dépassant le nivellement de la tranchée, produisirent aux yeux des français, quand ils revinrent, un effet si inoubliable et si troublant ! "
D'après les explications du Lieutenant Polimann données dans: L'Eco de Paris, 6 décembre 1920
Le livre signal aussi un récit différent rapporté dans la Gloire de Verdun par le Commandant Bouvard. D'après le Capitaine Dreux, qui commandait le 3e bataillon du 137e, les soldats auraient été enterrés par une explosion, au moment où ils se disposaient à sortir de la tranchée, baïonnettes au canon.
Dans les ouvrages de Pierre Miquel : Mourir à Verdun, Tallandier, 1995 et Les Poilus, Plon 2000, on retrouve d'autres récits.
" Selon la légende de la tranchée des baïonnettes, les hommes continuaient, même morts, à monter la garde dans la tranchée dévastée" Le Lieutenant mitrailleur Gaudry et le Lieutenant Abbé Polimann sont à l'origine de ce récit.
Le Lieutenant Comte, rescapé du 137e, raconte qu'ensevelie après une explosion c'est une seconde qui l'avait dégagé de la terre.
Enfin, dans le Guide historique illustré de Verdun, Éditions Frémont Lorraines, un autre officier survivant du 137e, le Lieutenant Foucher raconte :
" Les hommes attendaient l'assaut avec leur fusil, baïonnettes au canon, mais cette arme était appuyée au parapet à portée du combattant qui avant dans ces mains des grenades, prêt à repousser, d'abord à la grenade l'attaque probable. Les obus tombant en avant, en arrière, et sur la tranchée, rapprochèrent les lèvres de cette dernière, ensevelissant nos vaillants Vendéens et Bretons. C'est par le fait qu'ils n'avaient pas le fusil à la main que les baïonnettes continuèrent d'émerger après l'écoulement des terres."